Georges Clemenceau - Biographie

Georges Clemenceau - Biographie

Grande figure de la IIIe république, Georges Clemenceau a connu une carrière politique d’une longévité exceptionnelle. Maniant avec talent la rhétorique et non dénué d’humour, celui qui sera surnommé « le Tigre » puis « le Père la victoire » défendait avec fougue sa vision de la société, combinaison de justice sociale et d’ordre républicain. A la tête du gouvernement dans la dernière phase de la Première Guerre Mondiale, il conduit avec intransigeance une politique visant à « gagner la guerre pour gagner la paix ». Il jouera un rôle déterminant dans les négociations qui aboutiront au traité de Versailles.

Georges Clemenceau : radical et laïc

Né le 18 septembre 1841 et d'une famille de médecins de Vendée, Georges Clemenceau commence tout naturellement des études médicales, avant de s'orienter vers des études de droit à Paris, ou il se lie d'amitié avec Claude Monet. Rapidement, il se tourne vers la politique, influencé par les idées républicaines et progressistes de son père. Elu maire de Montmartre (XVIIIe arrondissement de Paris), il essaya vainement de s’entremettre entre le gouvernement de Versailles et les communards. Après avoir pris part à la chute du Second Empire, il est élu député de la Seine à l’Assemblée nationale à trente ans (8 février 1871).

Avec ses talents d'orateur, il y gagne rapidement une réputation de « tombeur de ministères » ainsi que le surnom de « tigre ». Il contribua notamment à la chute de Gambetta (1882) et de Jules Ferry (1885), dont il dénonçait la politique coloniale au nom du patriotisme de la «revanche» contre l’Allemagne. Réélu en 1876, 1877 et 1885, il est devient une figure marquante de la gauche républicaine et anticléricale, noyau du futur parti radical. Il soutient quelque temps le général Boulanger, qui passe alors pour très républicain, avant de s'en détourner.

Le 4 juin 1888, en pleine campagne législative et à l’heure où le boulangisme devient une force politique puissante et redoutable, Georges Clemenceau s’adresse aux députés. Succédant à la tribune de l’hémicycle au général Boulanger lui-même (qui vient de défendre la révision constitutionnelle), il prononce un éloge du régime parlementaire au cours duquel, convoquant un siècle d’histoire révolutionnaire et républicaine, il justifie la nécessité de faire front à l’antiparlementarisme des courants nationalistes qui font alors florès et menacent la stabilité de la IIIe République. Il est réélu député en 1889 contre le candidat boulangiste Baillière.

Opposant farouche à la politique colonialiste de Jules Ferry, Clemenceau se pose en pourfendeur de la misère : « C'est l'État qui doit intervenir directement pour résoudre le problème de la misère, sous peine de voir la guerre sociale éclater au premier jour ». C’est lui qui assure l’élection de Sadi Carnot contre Jules Ferry à la présidence de la République en 1887.

Scandale de Panama et affaire Dreyfus

Le 29 janvier 1891, dans un discours célèbre, il fait l’apologie de la révolution, n’hésitant pas à en découdre physiquement avec le député nationaliste Deroulède qui l’a accusé de servir l’« Internationale des riches » (22 décembre 1892) et d’être un agent de l’Angleterre. Ces adversaires n'hésiteront pas à l'impliquer dans le scandale de panama pour entacher sa réputation. Il fut battu aux élections de 1893.

Écarté du Parlement pendant neuf ans, il semblait un homme fini, mais il fit front face à l’adversité avec une obstination qui finit par le sauver. On le méprisait mais on continuait à le craindre et l'affaire Dreyfus lui donna l’occasion de revenir au premier plan. Il s’engage avec virulence et passion dans cette célèbre affaire, dénonçant son caractère antisémite. Il sera l’auteur du titre du célèbre article d' Émile Zola « J’accuse,,, ».

Georges Clemenceau premier flic de France

Il est élu en 1902 sénateur du Var, département qu’il représente à l’Assemblée jusqu’en 1920. Il entre pour la première fois au gou­vernement en mars 1906, comme ministre de l’Intérieur (il s'autoproclame "premier flic de France"), puis comme président du Conseil. Républicain un brin autoritaire, il mena à son terme la politique de séparation des Églises et de l’Etat et se montra résolu à briser par la force les mouvements d’agitation sociale (crise viticole du Midi, printemps 1907; incidents sanglants de Draveil-Vigneux et de Villeneuve-Saint-Georges, mai et juill. 1908; grève des postiers, mars 1909). Partisans comme adversaires le surnoment « le Tigre ».

Cette politique suscita de vifs débats à la Chambre, où la virulence incisive de Clemenceau se heurtait à l’éloquence chaleureuse de Jaurès; elle amena la rupture de Clemenceau avec les socialistes, sans concilier au président du Conseil les modérés, hostiles à l’impôt sur le revenu que préconisait son ministre des Finances, Caillaux. Confronté à de violents mouvements sociaux et une situation quasi insurrectionnelle, il devient un ardent défenseur de l’ordre républicain, quitte à envoyer la troupe et acquière une réputation de « briseurs de grèves » qui l’éloigne d’une partie de la gauche.

De la traversée du désert au « Père la victoire »

Mis en minorité en juillet 1909, Clemenceau entame une « traversée du désert », se consacrant au journalisme et aux voyages. Bien qu’il n’est jamais été « revanchard », il s’inquiète de la menace que fait peser sur la paix la politique extérieure agressive que mène l’Allemagne : « nous voulons la paix (…) Mais (…) si on nous impose la guerre, on nous trouvera ». Au début de 1914, il fonde L’Homme libre qui devient, après la déclaration de guerre, L’Homme enchaîné. Cette feuille lui vaut une grande popularité auprès des combattants.

Redevenu très populaire en raison de son patriotisme intransigeant et de son action énergique comme président de la commission sénatoriale de l’Armée, il ressuscita durant la guerre la grande tradition jacobine en appelant â tous les sacrifices et à toutes les rigueurs en vue de la victoire.

Le 16 novembre 1917, animé par sa force morale et sa volonté d’aboutir à une victoire militaire sur l’Allemagne, il redevient président du Conseil, à l'appel du président Raymond Poincaré. D’une volonté indomptable, il n’hésite pas à traduire en haute cour les députés « défaitistes » Caillaux et Malvy. Agé de 76 ans et appuyé sur sa canne, il visite infatiga­blement les tranchées, encourageant les poilus.

Pendant l’ultime et terrible offensive allemande qui atteint Château- Thierry, le 2 juin 1918, il défend et couvre devant la Chambre Foch, le général en chef qu’il a désigné le 27 mars 1918. Bientôt, le 18 juillet, la grande offensive va acculer l’Allemagne à l’armistice, le 11 novembre 1918. Il fait signer aux Allemands, dans la galerie des Glaces, le traité de Ver­sailles, qui impose au vaincu de lourdes réparations. Bénéficiant d’une immense popularité, ll est surnommé le « Père la Victoire ».

Retraite politique et mort de Clemenceau

Clemenceau démissionne en janvier 1920 et se retire de la vie politique après avoir été sèchement battu à l'élection présidentielle. Il s’isola alors dans une orgueilleuse retraite, fit de grands voyages aux États-Unis (1922), en Egypte, aux Indes, et consacra ses dernières années à la littérature : Démosthène (1926), Claude Monet (1929), Grandeur et misère d'une victoire (1930).

Grande figure de la IIIe République, Georges Clemenceau meurt à Paris le 24 novembre 1929, après avoir occupé la scène politique pendant près d’un demi-siècle : « Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi ». Aujourd’hui encore, de nombreux hommes politiques se réclament régulièrement de lui.

Dans la mesure où un simple mortel peut incarner un grand pays, Georges Clemenceau a été la France (Churchill).

Bibliographie

- Clemenceau, biographie de Michel Winock. Perrin, 2017

- Le Monde Selon Clémenceau : Formules Assassines, Trait d'Humour Discours et Prophéties, de JeanGarrigues. Texto, 2017

- Clemenceau : Portrait d'un homme libre, biographie de Jean-noel Jeanneney. Editions Menges, 2014.


Video: 1914-1918 La Grande Guerre - Clemenceau